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Rue du Maréchal-Joffre : une amélioration nécessaire, pas une suppression sans solution

Les difficultés signalées par les riverains sur la rue du Maréchal-Joffre doivent être entendues. La configuration actuelle – une piste cyclable aménagée au niveau du trottoir, au contact direct des piétons et des commerces – crée des conflits d’usage. Toutefois, une simple suppression de la piste ne ferait que déplacer le conflit sur la chaussée, au détriment de la sécurité les cyclistes.

Nice à Vélo avait déjà signalé les défauts de conception de cet axe, notamment son tracé sur le trottoir et ses séquences en zigzag. L’association s’oppose fermement à la réalisation d’aménagements cyclables sans séparation physique des trottoirs, car ils mettent piétons et cyclistes en concurrence pour un même espace. La recherche de sécurité pour les cyclistes ne doit jamais se faire au détriment de la sécurité ou du confort des piétons.

Ce cas est typique des aménagements cyclables réalisés avant 2020, qui n’avaient pas anticipé l’augmentation de la pratique du vélo observée ces dernières années. Un espace qui pouvait sembler suffisant lorsque les flux cyclistes étaient faibles ne répond plus aux besoins actuels, en particulier dans une rue commerçante et très fréquentée par les piétons. La végétalisation et le réaménagement de la rue Joffre l’ont par ailleurs rendue plus agréable et attractive pour les piétons, ce qui a contribué à augmenter sa fréquentation. Davantage de cyclistes et de piétons se partagent un espace désormais sous-dimensionné pour les accueillir.

Un trottoir plus sûr qu’avant le réaménagement

Il faut néanmoins rappeler que la piste a remplacé une ancienne voie de bus, tandis que le trottoir sud a conservé sa largeur antérieure. Celui-ci est désormais séparé de la chaussée par la piste cyclable et par une bande jardinée : il bénéficie donc d’une sécurité effective supérieure à celle de la situation précédente, où les piétons longeaient directement la circulation motorisée.

La base de données de la Sécurité Routière ne fait apparaître aucun accident corporel impliquant un piéton sur l’axe Bottero-Joffre-Pastorelli depuis le réaménagement. Entre 2017 et 2018, trois accidents corporels impliquant des piétons y avaient été recensés ; ils résultaient tous de collisions avec des véhicules motorisés. Depuis le réaménagement, deux cyclistes ont en revanche été blessés dans des collisions avec des véhicules motorisés, notamment aux intersections. Ces éléments invitent donc surtout à améliorer la conception de cet axe et à sécuriser ses carrefours, plutôt qu’à conclure que la présence même d’un itinéraire cyclable serait le problème.

La rue Joffre reste un itinéraire de desserte indispensable

Si l’existence, sur l’itinéraire parallèle des rues de la Buffa et de la Liberté, d’une piste plus large, plus confortable, avec 2 sens de circulation et de meilleure qualité n’a pas supprimé l’usage de la rue Joffre par les cyclistes, c’est parce que cette rue remplit une fonction d’itinéraire de desserte locale : elle permet d’accéder directement aux commerces, aux logements et aux destinations qui la bordent. Proposer aux cyclistes d’emprunter la piste cyclable de la rue parallèle serait l’équivalent de demander aux automobilistes d’utiliser la voie Mathis plutôt que l’avenue de la Californie. Un itinéraire parallèle de plus grande capacité ne remplace pas un itinéraire qui dessert l’endroit où l’on veut se rendre.

Si la piste disparaît, la chaussée doit être réellement apaisée

La suppression de la piste de Joffre ne ferait donc ni disparaître les vélos, ni les dévier automatiquement vers la Buffa et Liberté. Les cyclistes devraient alors circuler sur la chaussée, aujourd’hui limitée à 50 km/h, avec près de 5 000 véhicules légers par jour entre Maccarani et Jean-Médecin. Ce trafic est supérieur au seuil que le Cerema estime acceptable pour une circulation mixte, autant sur une voie limitée à 50 km/h que sur une voie limitée à 30 km/h.

Le partage de la chaussée avec les voitures pourrait néanmoins devenir envisageable si la vitesse y était effectivement limitée à 30 km/h et le volume de véhicules réduit. Cela supposerait de reconcevoir la rue en conséquence, par exemple en appliquant sur la chaussée le principe de chicanes (aujourd’hui imposé aux cyclistes) pour obliger les véhicules motorisés à ralentir.

La signalétique de la voie cyclable apporte également une piste de réflexion : le marquage vert de la piste cyclable s’interrompt à chaque intersection afin de signaler la priorité piétonne. Cette logique qui aujourd’hui contribue à rendre l’espace illisible pour les piétons et pour les cyclistes pourrait, en revanche, être appliquée pour améliorer la sécurité des piétons aux intersections : des trottoirs traversants qui interrompent la chaussée aux intersections plus fréquentées pour matérialiser la priorité des piétons.

Réduire le trafic de transit pour transformer durablement la rue

Enfin, une réflexion sur le plan de circulation est nécessaire pour réduire le trafic de transit. Le boulevard Victor-Hugo et la rue de la Buffa font aujourd’hui doublon dans le sens est-ouest. Le changement de sens de l’un des deux axes, ou la mise à double sens du boulevard Victor-Hugo, permettrait de mettre la rue Joffre en sens unique tête-bêche. Il ne resterait plus que la circulation de desserte permettant d’accéder aux commerces et aux logements, reportant la circulation de transit sur d’autres axes mieux dimensionnés pour ce type de trafic.

La rue deviendrait alors plus calme, moins bruyante et bien plus agréable. Les cyclistes pourraient circuler avec peu de voitures sur une chaussée apaisée, tandis que des trottoirs plus larges permettraient aux piétons de bénéficier de l’ombre et de la fraîcheur apportées par la végétation située entre l’actuelle piste cyclable et la chaussée, et aux restaurateurs de mieux aménager leurs terrasses.